On s’en contre-câlisse – récit semaine 4

La grève, mère de l’UQÀM

 

Devant ces attaques ignobles, il a fallu assumer que la grève devrait concentrer ses forces sur son bastion principal : l’UQÀM. La démesure des moyens investis par l’administration pour y traquer la moindre perturbation ne peut s’expliquer que comme une offensive concertée pour enrayer l’éternel retour de la grève qui hante ses murs depuis l’origine. Qu’à cela ne tienne : les caméras auront beau éliminer tout angle mort, les gardas pourront bien ficher et suivre les activistes à la trace, la garnison militante uqamienne n’en sera que décuplée. Si la grève entraîne une baisse drastique des inscriptions, entachant la cote de l’UQÀM sur les marchés mondiaux du diplôme, les arts et les sciences humaines ne fléchissent pas pour autant. Bien au contraire : la jeunesse enragée, ce produit dérivé du désastre, ne manquera pas pour garnir derechef les inflexibles cohortes du QG de la révolte. Car il en va de l’essence même de l’UQÀM : née de la grève (de 1968), elle finira toujours par y revenir, tel un mioche aux jupes.

 

Ce n’est certainement pas la coquetterie d’une injonction qui pourrait y changer quoi que ce soit. Il n’en faut pas beaucoup pour maintenir les ordonnances magistrales dans le tiroir. Quelques corps bien placés, quelques coups bien portés, et la portée pompeusement performative du décret juridique se voit matériellement reportée à sa matérialité respective : simple bout de papier avec lequel confectionner des avions, allume-feu ou torche-cul. Qu’un.e croyant.e se mette à l’invoquer, à l’occasion d’une levée de son cours chéri, à coup sûr le fait brut aura soin de trancher : si le cours n’a bel et bien pas lieu, eh bien c’est qu’elle n’existe tout simplement pas, votre injonction. « Une vue de l’esprit », en somme. C’est là une constante, depuis 2012 et bien avant, les injonctions ne sont pas seulement anticonstitutionnelles en dernière instance – on se gardera même d’investir le moindre kilojoule d’énergie à le prouver – elles ne sont pas applicables. Car l’application, c’est l’affaire de la police. Et comme l’ont démontré des camarades avec une force éloquente, ramener les flics à l’UQÀM, ça peut te réduire un pavillon en miettes. Le droit est chose très relative, que supporte rarement l’épreuve des faits…

 

À bien y penser, si la levée de cours est partie prenante du faire-grève, c’est parce qu’elle relève du faire-faire-grève. En cela elle est nécessairement obligeante. Les blocs de réel qu’elle soustrait à l’effectivité économique, elle les renvoie à leur possibilité même – les potentialise au possible, et révoque leur achèvement. Cette remise en question des cours (comme des rues, des banques, des ports ou des pipelines) produit en retour une nouvelle intelligence du monde. Une connaissance, déjà, de l’infrastructure du pouvoir, prise à même l’expérience de son blocage. Une esquisse, ensuite, des rencontres et des complicités possibles. Une confiance, enfin, dans l’expérimentation de nouvelles formes en l’absence de repères.

 

Mais s’en remettre à la situation demande beaucoup de courage. Aussi ne faut-il pas s’étonner de découvrir, dans l’expérience des levées de cours, des gens pour lesquels il n’y a plus grand chose à faire. Quand on ne porte rien, on ne s’emportera sans doute jamais, pas plus qu’on ne se laissera porter. Ceuze qui, sous l’égide des magistrats, soutiennent l’injonction du possible : sus à ceuze-là ! Qui sont prêt.e.s à s’égosiller le crayon pour arracher leur misérable avenir au milieu du champ de bataille ! Il y a de petites personnes que rien ne répugne tant que d’être affectées par le cours du monde. À ce qu’il paraît, l’adaptation au désastre fait rage chez les douches. Et rien de plus douche qu’un militaire. Poussé peut-être par les effets secondaires de sa médication contre le stress post-traumatique, l’un d’eux a pris sur lui de faire le garda en leur absence, bloquant la levée de cours des grévistes, filmés comme dans un zoo humain. Un zoo où le droit citoyen à étudier affronte le sylvestre fuck toute inaliénable au régime langagier juridico-moderne ! On ne cesse de s’étonner de l’ardeur avec laquelle quelques ploucs prennent littéralement sur eux la défense de l’ordre dominant, étendant leur « pouvoir d’achat » (et le « droit au service » qui en découle) jusqu’à gueuler et tasser quiconque entrave leur accès privilégié aux jouissances de la consommation.

 

 Comme si on avait pas assez avec les 500 000 piasses de goons, qui ramènent à l’UQÀM leurs méthodes des Foufounes électriques. Il y a là tout un bestiaire dont il faudrait dresser l’inventaire : de la hiérarchie implacable entre grades de gardas, de vaches maigres cote A, bonzes AAA et viandes primées, vaches folles exportables à la tonne. Certains repêchés pour leur bovine docilité, d’autres pour leur allure de motard ou leur carure de malabar. D’autres qui sirotent leur défaite en tentant d’asphyxier ce qui reste de vital sur ce campus qui roule sur l’odeur mortifère d’un registrariat laissé à lui-même. Sans compter ceux qui provoquent des crises de panique chez des écoliers séquestrés avec leur groupe-cours par les deux bouncers débiles de 300 livres qui prennent à coeur leur droit à l’éducation.

 

goon

Vente au poids de goons à l’UQÀM

 

 

Mais les loups ont le flair pour les sous-fifres. C’est qu’ils demeurent tout de même territoriaux, et lorsque le bruit court qu’un cours a cours malgré la grève, ils s'en lèchent les babines. Non pour manger l’ennemi, mais par amour du chemin qui y mène : de la ligne qu’elle trace sur le sol, ligne de partage autour de laquelle les rôles sont redistribués, accusant les conspirations de part et d’autre. Des profs qui se targuent d'être neutres, bref dépassé.es, des doctorant.es qui s'entraînent pour élever le prestige de l'UQÀM lors des colloques estivaux, des étudiant.e.s qui cochent les choix multiples de leur examen à réponse unique, malgré les affrontements qui se déroulent sous les yeux, ne levant pas les yeux des feuilles mobiles sur leurs pupitres. Un amphithéâtre rempli à craquer de psychologues qui traiteront bientôt les pauvres névrosés que produit à la tonne l’organisation malade de ce monde pour 90$ l'heure et qui semblent se satisfaire de leur propre dépression, insensibles aux vitres qui volent en éclats autour, rivé.e.s sur la copie d'examen, comme si tout dépendait de la prochaine question à laquelle on s'accroche en espérant que tout reprenne comme avant. D’intarrisables enseignant.es l’ont ajouté aux consignes d’examen: « Il pourrait y avoir du bruit, alors apportez des bouchons d’oreilles ! » Les écoliers les plus consciencieux, leur avenir en tête et rien dans le crâne, se sont coiffés de casques de chantier. À quand les évaluations en combinaison phytosanitaire et masque à gaz CS ? En attendant, la pomme pour l’enseignant.e reste la meilleure option pour s’assurer une place dans le palmarès estudiantin.

 

Cela suppose que la levée de cours ne vise pas simplement l’application de mandats – ça, c’est l’affaire de la police. Elle exprime plutôt le choc entre des réalités irréconciliables, dont l’une assume la charge, et l’autre feint de l’ignorer. La grève permet leur reconnaissance mutuelle, comme son énergie cinétique cherche à se propager à tout le ridicule, rampant partout, prenant de nouvelles formes dans les idées qui surgissent. L'UQÀM devrait être occupée en permanence et pas seulement jusqu'à la victoire, pas seulement pour la victoire, mais simplement pour que la fête laisse toujours place au printemps. Le soir, on revient exténué-e-s, prêt-e-s à recommencer le lendemain, on canalise notre puissance, le soir on pense aux rencontres, au pauvre type qui nous parlait des sacrifices qu'il a fait pour venir à son examen, lui, au gardien de sécurité qui touchait les fesses d'une camarade blackblockée, incarnant son rôle trop humain et stroboscopique de gros tabarnak à la chaîne. Cette guerre on la sent, simplement cette-fois ci, ça y est, elle nous investit pour de bon et les meutes conspirent d'intelligence. Sourires complices qui complotent contre cette condamnation des mondes, sourire malicieux du tragique qui nous impose une prise de parti dans les événements. Partout déjà, l'idée stratégique d'investir toutes les brèches ; partout déjà, nous avons compris qu'il n'y a plus rien à attendre, qu'il faut, dès maintenant, se rameuter pour se fondre à la situation. Cette grève n'est en vérité qu'une enquête, la première fuite d'une grève rampante, qui tisse de proche en proche des événements qui ne s'ignorent pas mais s'alimentent.

 

 

La revanche des journaflics

 

Un revenant, Bernard Landry, ardent défenseur de notre économie bien de chez nous, est allé pleurnicher à la télévision pour faire remarquer combien il était plus gentil à l’époque, lui-même syndicaliste étudiant, parce qu’il voulait en arriver à la « table des négociations ». Il a fini par y rester toute sa vie, à sa foutue table des ministres, à se goinfrer le bide de comptabilité. Quand il n’y a pas colonnes de chiffres, il en perd son latin, ce Landry. Que les grévistes peuvent préférer ne pas l’y rejoindre, il ne peut l’admettre. À voir ce que sont devenus plusieurs militant.es de sa génération – député.es-ministres, blablateux au service des médias de masse, gestionnaires convertis au new management et autres business(wo)men à la con… –, on ne peut que se réjouir de voir la coupure aussi clairement énoncée. Révélant la nature même de l’homogénéisation libérale et sa démocratie policière, l’enseignant au département de « stratégie, responsabilité sociale et environnementale », ce nationaleux économe, souligne que dans notre « démocratie extrêmement avancée », quand il y a du trouble : « Qu’est-ce qu’on fait ? on appelle la police. » Effectivement Bernard, « on » appelle la flicaille pour qu’elle vienne patauger dans l’huile question d’être bien apprêtée, mais de toute façon, les loups n’ont que faire des poulets sans ailes, ils préfèrent bien plus destituer une vieille perdrix de ton espèce.

 

On aimerait bien les ignorer, mais force est de constater que les médias de masse font un travail de sape hallucinant qui semble avoir prise sur les imaginaires de ceux et de celles qui ne vivent le conflit qu’à travers leurs télés ou les minces pages des quotidiens. De quoi se parker et attendre d’être convaincu par des arguments rationnels et des chiffres chiffrés. Mais on s’épargnera de l’encre sur ces informateurs à l’amplification sournoise. Sinon pour remarquer le contraste entre le fruit de leur labeur – le fait de pointer la poignée d’étudiant.es masqué.es qui lèvent les cours comme le scabreux ennemi de tout le public – et leur farouche volonté de risquer leur peau pour dénicher leurs clichés au beau milieu des bastons. C’est une façon comme une autre de chercher le scandale. Et une raison de plus d’ignorer l’essentiel : alors que les ondes s’indignaient qu’un photographe téméraire ait reçu une taloche lors d’une bousculade entourant une levée de cours à l’UQÀM – avec multiples gros plans sur sa micro-blessure de guerre – des grévistes de l’Université Concordia occupaient le pavillon de l’une des administrations universitaires les mieux rémunérées de la province. Le blocage, qui a duré plusieurs heures, s’est terminé en street party avec bouffe gratuite et musique, lieu de rencontres inespérées, et effectuation de la puissance de groupes qui n’attendent pas la reconnaissance pour agir.

 

 

Négocier avec un algorithme?

 

Un comité de négociation s’est improvisé, entre étudiant.e.s, chargé.e.s de cours et enseignant.e.s, soucieux de partager le désir de ne plus laisser cette administration calviniste administrer ce qui devrait rester hors de son emprise. Mais comment négocier avec une intelligence artificielle qui se parle seul à son bureau ? Cette autruche partisane de ses dossiers, ce flan mou qui ressemble à une plie qui se fait sermoner par son supérieur analytique, incapable de soutenir son propre regard, ce canon n’arrive même pas à se redresser afin de reconceptualiser la distance de tir selon le feedback. Incapable de cesser de se tirer dans le pied, il se contente de regarder allègrement le trou qui l’aspire, incapable d’entrer en relation avec autre chose que le micro-processeur inséré dans son lobe frontal.

 

Avec le résultat prévisible des négos : le renouvellement du non-lieu. Au mépris de la longue tradition de collégialité à l’UQÀM et de toutes les instances participatives qui en ont marqué le fondement, l’administration refuse la proposition de la Commission des études visant à prolonger le semestre pour reprendre les heures de cours perdues. Alors que le règlement stipule qu’il faut réaménager le semestre si plus de trois semaines de cours sont perdues, la Direction mise tout sur son voile de l’ignorance: « Puisque la grève étudiante, ça n’existe pas, les cours ont bel et bien dû avoir lieu ». Elle se prend à croire à ses propres mots, poussant la non-reconnaissance de la grève jusqu’à l’auto-envoûtement. Et il y a quelque chose de l’ordre du bug informatique dans son décret stipulant qu’il n’y aura aucune reprise de cours, que le semestre se terminera à la date habituelle. C’est que la direction engage là une guerre aux chargé.es de cours, refusant de payer leur travail supplémentaire, tout en les chargeant de la responsabilité d’enseigner et de tenir des évaluations, comme si rien ne s’y opposait. Son inflexibilité rappelle celle des matières inorganiques des circuits intégrés – sous l’excitation, le silicium vibre à peine, avant de livrer sa réponse toujours identique.

 

hal

« La Direction » refuse le dialogue… Mais est-elle seulement capable de « penser » ?

 

N'ayant rien à envier aux meilleurs scénarios conspirationnistes, la semaine a également été le théâtre de la prise en flagrant délire d'une insolite rencontre entre Lise Bissonnette, écrivaine ratée qui a troqué sa plume blafarde contre un poste de gestionnaire sur le conseil d'administration de l'UQÀM, et l'analytique ministre Blais. Il faut croire qu’il n’y pas que les grévistes qui conspirent en minorités agissantes. Ce dîner de concertation dont Blais n'est pas sorti indemne – ce dernier allant même jusqu'à confesser le profond sentiment d'épouvante qui l'a habité alors qu'une poignée d'activistes scandait des slogans à quelques mètres de la cène –, se déroula au lendemain de la publication d’une lettre d’opinion écrite par la gestionnaire Bissonnette elle-même.

 

Dans cette lénifiante dépêche dont le but avoué était de justifier la profanation de l’UQÀM par les porcs, l'ancienne directrice du Devoir proclame sans gêne « le retrait des dieux » et son corrélat le plus direct : la désacralisation de l'Université. Toutefois, malgré les précautions prises par l'auteure, la substitution du terme « sanctuaire » par le terme « lieu » ne diminue en rien le caractère foncièrement théologique de son épître. Bien au contraire, un bref coup d'oeil à l'histoire des idées nous apprend que la principale question qui concerne les dieux n’est pas tant celle, ontologique, de leur existence que celle, topologique, de leur localisation, du lieu de leur séjour. Si le sacré s'est tranquillement extrait des temples du savoir, ce n'est pas simplement afin de s'évaporer et de disparaître définitivement, mais bien plutôt pour trouver sa niche ailleurs, dans le brouillamini ordonné des centres commerciaux qui charpentent leurs cultes au rythme des black fridays et des boxing days. Contre toute attente, le problème que pose au mouvement la baudruche Bissonnette est celui, éminemment stratégique, de l'espace. L’occupation du 8 avril nous en a donné un rapide aperçu ; pour que le mouvement soit effectif, pour qu’il ait lieu, celui-ci doit recouvrer, au détriment parfois de la mobilité ondulatoire des manifestation, sa capacité de prendre terre, d’immobiliser les flux incessants de l’économie.

 

Décidemment, ces cathares des temps modernes ne sont pas les seuls à y aller de propositions loufoques. Alors que des camarades s’efforçaient de lever les derniers cours encore rétifs à la grève, quelques psychologues en herbe inquièt.e.s à propos de leur avenir en anesthésiologie ont eu l’idée saugrenue de réclamer la souveraineté de chaque groupe-cours. Chaque classe aurait donc le pouvoir decisionnel de poursuivre ou de mettre fin à la grève. Or, cette pirouette réactionnaire, tentative désespérée de la part de formes-de-vies fatiguées pour que leur précieuse session ne s’envole pas en fumée comme leur propre vitalité, nous rappelle que le véritable nerf de la guerre n’est non pas le droit et la légitimité des représentants, mais le déploiement sensible d’une puissance qui s’éprend des singularités en mouvement, devenues communes, révoquant leur condition juridico-factuelle d’individus pour investir le champ de bataille et fracturer l’entente d’un monde pacifié.


D’ailleurs un groupe d’étudiant.e.s allié avec des chargé.e.s de cours et des prof.e.s a résolu de prendre l’espace, de prendre le temps : pour se réancrer au coeur de l’agora de l’UQÀM, la dérobant aux mains des Cerbères, en lançant un espace d’éducation populaire. Attirant une meute de lycanthropes animée par la question guerrière rendue effective dans cette grève « qui préside au contact de puissances hétérogènes », le partage a été traversé par le plan d’actualité d’une UQÀM plus que jamais investie par cette conflictualité qui se diffractait déjà dans l’enceinte de l’université du peuple. Cette fois-ci, c’est le peuple-politique dans le peuple-universitaire qui semble se révéler dans ce rapport de force entre technocrates serviles et bandes ensauvagées.

 

 

« Pour en finir avec la fin du monde »

 

Il fallait aussi, après la grosse parade écolo du weekend précédent, ramener la question du désastre écologique à l’avant-scène, écartée par l’éternelle rengaine médiatique des violences proscrites. C’est ce que quelques aussi peu nombreux que motivé-e-s grévistes firent en organisant une manif « Pour en finir avec la fin du monde ». Loin du centre-ville, le rassemblement à Saint-Henri avait de quoi ralentir les ardeurs des flics, qui semblent-il n’ont pas les nerfs aussi sensibles que leurs collègues du centre-ville. La petite foule a pris la rue – au son d’une cornemuse aux pipes écartées entre le tragique et le comique du moment – en multipliant les slogans qui clanchaient avec la bonhommie qui entoure le discours sur le développement durable : « Harper évangéliste, fuck ton apocalypse! », « Mégantic partout, justice nulle part ! ». L’humour ne manque pas dans la catastrophe annoncée… Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas passer par la track de chemin de fer qui transporte l’or noir à des allures folles, question de leur foutre une petite frousse et de tester quelques bonnes idées… Les hydrocarbures ne figurent pas au chapitre des revendications comme un simple syntagme. Il en va du sort du monde. Le tract diffusé à l’occasion de la manif l’a rappelé, tout simplement, en citant les faits :

 

En 2013, lorsque le centre-ville de Lac Mégantic a explosé, le pétrole transporté par train avait augmenté de 28 000% en cinq ans. Depuis, ça n’a fait qu’augmenter. Ces bombes à retardement continuent de circuler à toute allure dans Montréal et à travers tout le pays, chaque jour. Comme si ce n’était pas assez, les déséquilibrés au pouvoir veulent construire des pipelines le long du fleuve, une promesse assurée d’empoisonnement de l’eau potable. Leurs plans prévoient de doubler l’extraction de sables bitumineux en moins de dix ans. Ce qui signifie que, même avec les pipelines, le transport de bitume par train ne ferait qu’augmenter.
Sachant cela, l’inaction est criminelle.
Tirons le frein d’urgence!

 

Il ne s’agit donc plus, en nos temps de la fin, de réclamer qu’un « autre monde est possible », mais d’assumer que la lutte, la grève seule est condition de possibilité du monde ; et qu’en cela, la grève est de fait le seul monde possible. En face, il y a le pouvoir, absolument unilatéral, de l’infrastructure : avec ses camions, ses lignes haute tension, ses fibres optiques, ses pipelines. Et les mots et les affects qui viennent avec. De même, l’austérité n’est pas une mesure de gouvernement parmi d’autres, comme les 103 millions de 2005 et la hausse de frais de 2012, mais une manière même de mesurer, sinon la seule. Régler son compte à une telle affaire – en finir avec l’économie –, cela ne se boucle pas en un tournemain. Cela demande a minima de s’organiser à la hauteur de l’échelle du pouvoir à morceller.

 

On aurait pu s’attendre à ce que la grève désespère à l’heure où quelques assos votent le retour en classe, mais il n’en est rien. Elle est déjà projetée vers son à venir, confiante en la possilité de surpasser l’expiration des votes et ses assos attitrées. Relayé par Printemps 2015, l’Appel de l’est vise un tel débordement dans la période estivale, où s’échouent trop souvent les grèves hélas, en déplaçant la lutte à même l’itinéraire des vacanciers: « Leur transformation du monde en dépotoir ne connaît pas de vacances; saisissons les nôtres comme occasion de résister joyeusement. » D’ici là, on pourra se rabattre sur un premier mai à tout casser, avec plus de 500 actions de blocage prévues par les syndicats à la grandeur du Québec. Et qui nous pousse à croire en un automne chaud, pour peu que le mouvement en alimente l’étincelle. Avec les expulsions d’une demi-douzaine de centres communautaires à la fin mai, on n’a pas la berlue à s’imaginer un front commun entre les étudiant.es, les syndicats et les milieux associatifs. C’est même une nécessité impérieuse. Seulement faut-il prévoir qu’à cette échelle, le statut n’importe plus : la lutte ne sera commune que si elle parvient à percer la gaine qui sépare les étudiant.es des travailleur.se.s, et qui retient chacun.e à n’exister qu’ « en tant » que soi-même.

 

 

Collectif de débrayage

 

Semaine 3

Semaine 2

Semaine 1