La grève rampe

la grève rampe se faufile
elle fait sa taupe
aveugle mais marche au flair
plus là elle est partie sous terre creuse des tunnels
retape les tanières
et déjà loin elle ressurgit
fondant sur les petits outrages elle s'agrippera comme une tique
elle ne nous lâchera plus
ramper ce n'est pas s'écraser mais passer par en dessous
entre leurs yeux rivés sur le trou
car on ressort ailleurs

 

plonger au ras du sol, c'est tout sauf un repli, il y a là
des nuées subtiles à flairer
du sauvage à foison
qui invite à guetter sentir ses signes poindre partout, déjà chez l'inconnu
cette fois où
l'audace est venue ce geste a porté et
imperceptibles ont fendu l'expérience,
crissé là les béquilles lâchetés condescendances dégoûts et autres réalismes
un passage enfin défriché
un peu de foi qui s'ancre
de nouvelles connexions nerveuses

 

notre mission :
épier faire fuser ces inflexions, les aider à prendre forces
comme on affûte des armes

 

car c'est pas juste une question de bonheur
de l'avoir tenu de ne plus le lâcher
c'est aussi stratégie, c'est aussi de la guerre

 

où nous rampons, ils ne guettent pas,
eux ne voient que les soldats debout droits
posant armes sur table pour un combat sans risques
ils voudraient bien qu'à chaque guenille passée
sur les soldats tombés
l'on recommence,
que chaque bataille soit la dernière et l'équivalente,
qu'on ne construise rien de rien
épuise le cas tourne la page
puis qu'on compare des images en faisant la moue

 

nous oublions leurs stratégiques
leurs face à face épuisés
finales enflées de comités centraux

 

ce n'est pas ça qui les vacille

 

des recettes il y en a peu, pas ou pan
pan
pan

 

c'est ailleurs que ça se passe
c'est d'autre part qu'ils frémissent
peut-être pas non plus il faut bien se le dire face à nous autres
fonçant tout droit mais beaux en plein sur la grand route,
à découvert

 

non

 

c'est dans la rampance
dans notre rampance
dans le visqueux qui déborde les digues instituées,
qui passe entre qui trouve ses propres chemins sans besoin de machines, d'asphalte d'aplatisseuses
ainsi nous passons sous le radar

 

nos terrains :
les bas-fonds

 

c'est par l'esquive que les longues guerres se gagnent
les pièges trous béants recouverts de broussailles et nous autres attendant, invisibles sur la branche

 

et puis les communs tentés dans les moindres offensives,
perches tendues avec l'attention qui permet de se saisir,
noces qui partout tissent nos forces, nos formes,
tendent des fils en travers du réel,
un courant silencieux qui électrise en rhizomes, comme un spectre latent

 

et donc
c'est même pas tenir de bataille en bataille
mais bien de la bataille, une genre de guérilla

 

 


nos armes :
nous avons le désir nous avons la mémoire et puis nous communions
nous sommes immunisés à la bêtise du temps
nous avons cette ardeur qui se révèle dans la durée,
s'en saisissant

 

si nous aimons mieux ramper que nous tenir debout
c'est que tout ça n'est pas le vertueux projet
d'un autre monde à nos corps incarnant
nous assumons la guerre
nous collons au mouvement
épousons nos puissances

 

nous avons devant nous
la joie à frayer les passages souterrains,
celle dans la patience par laquelle nous creusons
relions les tunnels
fondons les alliages
déblayons les chemins entrevus vers la source vive
à habiter les jeux qui aiguisent notre audace, feront de nous menaces
à fouiller désenfouir mettre les doigts aux plugs
cachées sous les bras les regards,
celles-là qui s'appellent, grésillent de se toucher
lorsque nous penchons les uns dans les autres

 

et rampants nous répandre