« Ça y est, ils sont là »

Nous avons reçu cette lettre, que dans l'urgence nous nous contentons de copier-coller. Aussi lui avons-nous accolé un cliché hellénique, dont la date remonte à 2012, en plus d'une note de bas de page qui éclaire, à notre connaissance, un passage énigmatique.

 

ça y est, ils sont là, aux portes de l'uqàm, les douchebags en armes.
ceux que les séries télé humanisent à la petite semaine, avec leurs collègues de la prison.
au rythme des radios-poubelles comme de la proverbiale tiédeur du devoir.

 

il arrive dans nos couloirs. l'ennemi entre les lignes de n'importe quelle chanson de nirvana, de joy division ou de sonic youth. l'ultime gardien de la texture tim hortons du monde, de la terreur des jean coutu et du tintement TVA des choses.

 

ils débarquent pour dévoiler la vérité de l'université. ce qu'on méprend encore pour une ultime enclave, une zone à défendre, ils nous feront la démonstration qu'elle n'est qu'un pylône parmi d'autres, un point nodal à sécuriser. comme, du reste, chaque parcelle de planète et — l'idée s'en fait de plus en plus pressante — du cosmos.

 

l'université n'a plus que la consistance d'une coquille vide où seul compte le flux, le mouvement circulaire infini qui nous arrache à la théorie ou à la grève, c'est pareil. aussi névralgique qu'un aéroport, il convient de la sécuriser comme tel, avec une gêne sans cesse décroissante. sur ce constat s'accordent les éléments les plus éclairés de l'université, qui continuent cependant d'y exécuter, mélancoliques, leurs caracoles . ils le font dans le petit carré de sable (pour reprendre le paradigme le plus opérant de la cybernétique actuelle) qu'on leur a bien balisé et avec une superbe chaque jour un peu plus contrefaite. excentriques ou dissidents de service, ils fournissent au désastre son alibi critique. les plus aimables desquels nous enjoignent derrière les portes closes à ne pas faire l'erreur qu'ils et elles ont faite. les autres, au mépris de tout style dans l'art de vivre (Simmel, Philosophie de l'argent), se plaisent à incarner les personnages pathologiques de la Grande Roue Universitaire (GRU), obsédés de reconnaissance, debout chaque jour à l'heure du laitier pour s'affairer comme les premiers de classe qu'ils ne peuvent s'empêcher d'être à l'écriture de textes ouvertement insipides. ceci dit, ils laissent aux autres la tâche de se coltiner leurs affreux symptômes. ces derniers, ça et là, culminent dans les étreintes déplaisantes que l'on sait1. ce sont les jean-françois chassay de ce monde.

 

quoi de plus conséquent, pour le coup, que l'expertise du recteur se situe précisément dans le domaine de l'intelligence artificielle ? car l'université se réduit à ce que les cybernéticiens appellent un « réseau neuronal ». et elle va appeler les flics pour qu'ils viennent le déboguer. au gaz s'il le faut.

 

la Révolution Tranquille se parachève donc avec l'Austérité. et nous serions contraints d'ajouter : en toute logique. ses prétentions à la laïcité se résument en cette image de l'église éventrée qu'est bel et bien l'uqàm, mais où l'on vient tout juste de faire de l'Ubiquité Générale une réalité, avec une caméra au détour de chaque couloir, jusqu'à la dernière rangée de la bibliothèque. un endroit où devra être pris en filature quiconque ne se tient pas pieusement en rang, une inquisition avec l'anathème en toile de fond.

 

fuck, je sais pas quoi écrire d'autre. je m'en vais me black blocker.

 

 


[1] : Il doit s'agir de l'affaire des harcèlements sexuels dénoncés. Cf. La Presse : Dénonciations d'agressions sexuelles: l'UQAM dans la tourmente. Quant au Jean-François Chassay mentionné juste après, nous ne savons rien de lui sinon qu'il apparaît au bottin de l'UQÀM comme « professeur » au Département d'études littéraires.